Manifestation des étudiants de l'Université Sir George Williams


Image: Au lendemain de la plus grande manifestation étudiante dans l'histoire du Canada (avec la permission du Service des archives de l'Université Concordia)


Au printemps 1968, six étudiants noirs d'origine antillaise de l'Université Sir George Williams (devenue entité de l'Université Concordia, à Montréal) ont accusé un chargé de cours de biologie de racisme. D'après leur plainte, le professeur distribuait des échecs à tous ses étudiants noirs, sans se soucier de la qualité de leur travail. Les étudiants ont demandé à l'Université de créer un comité afin d'enquêter sur ces accusations. De plus, ils ont exigé de faire valoir eux mêmes leurs récriminations devant le comité.

L'Université a accepté de former le comité, mais les étudiants étaient insatisfaits du choix des représentants. Ils croyaient en effet qu'ils ne bénéficieraient pas d'une instruction équitable. Ils ont donc organisé des manifestations assises et ont distribué des dépliants pour faire connaître les motifs de leur protestation.

Lorsque le comité a rejeté la plainte de racisme, le 29 janvier 1969, tous les plaignants ainsi qu'environ 200 autres étudiants ont quitté la salle d'audience en guise de protestation et sont allés occuper le centre d'informatique, aménagé dans le pavillon Henry F. Hall.

La « manifestation assise » s'est poursuivie jusqu'au 10 février, date à laquelle les représentants des deux parties auraient négocié un règlement. L'administration a accepté de constituer un nouveau comité, si les étudiants cessaient d'occuper le pavillon. À la fin de cette soirée, tandis qu'il restait une centaine d'étudiants dans l'édifice, l'accord s'est effondré à la dernière minute. Les protestataires ont barricadé les escaliers, puis ont mis les ascenseurs et les téléphones hors tension. L'Université a alors confié toute l'affaire à la police.

Lorsque la police a fait son arrivée le 11 février, la manifestation assise, jusqu'alors pacifique, a dégénéré en émeute étudiante généralisée, d'ailleurs la plus violente de l'histoire canadienne. Les protestataires ont lancé des ordinateurs par les fenêtres, abîmé la propriété, allumé des incendies et détruit des dossiers étudiants. La police a arrêté 97 personnes, blanches aussi bien que noires. Le lendemain, le professeur de biologie accusé par les étudiants noirs a réintégré son poste et le comité a abandonné les accusations de racisme qui pesaient contre lui.

Que sont devenus les étudiants protestataires? Roosevelt « Rosie » Douglas, diplômé de McGill, a été désigné comme le meneur de cette émeute et a purgé deux ans d'emprisonnement. En 1975, on l'a déporté en Dominique, son pays d'origine. Il a fait un retour à Montréal en 2001 afin de s'exprimer sur l'émeute, cette fois ci à titre de premier ministre de son pays. Anne Cools, autre participante originaire de la Barbade, avait été condamnée à quatre mois d'incarcération, mais a obtenu son pardon par la suite. Elle a déménagé à Toronto en 1974 et a fondé Women In Transition Inc, l'un des premiers centres d'hébergement pour femmes maltraitées du pays. Plus tard, elle est devenue la première personne noire élue au Sénat canadien.

Les circonstances ayant donné lieu à l'événement désigné aujourd'hui par l'expression « émeute de Sir George Williams » ont obligé les administrateurs de l'Université à réévaluer leur traitement des plaintes de racisme. En 1971, l'administration a adopté un nouvel ensemble de règlements et de droits. Les étudiants ont fini par s'intégrer au processus décisionnel de l'Université, qui a également créé un Bureau de l'ombudsman afin de prendre connaissance des préoccupations des étudiants.

Lors du discours qu'il a prononcé à son retour à Montréal, en 2001, Roosevelt Douglas a résumé l'affaire ainsi : « Il s'agit d'un combat que le peuple noir a mené pour accéder à une participation égale au sein de la nation. Nous n'avions aucune intention malicieuse : nous voulions tout simplement obtenir justice. »

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Un aperçu sur l’histoire des communautés noires du Canada, leurs réussites et les défis qu’ils ont dû relever. De l’Alliance de la Fonction publique du Canada.